lundi 2 novembre 2015

Une autre idée du silence (The Anchoress) de Robyn Cadwallader (traduit par Arnaud Baignot et Perrine Chambon)






Présentation de l'éditeur : Angleterre, 1255. À seulement dix-sept ans, Sarah décide de devenir anachorète. Dévouée à Dieu, elle vivra recluse dans une petite cellule mesurant neuf pas sur sept à côté de l’église du village. Fuyant le deuil de sa sœur adorée, morte en couches, et la pression d’un mariage imposé, elle choisit de renoncer au monde – à ses dangers, ses désirs et ses tentations – pour se tourner vers une vie de prière. Mais petit à petit elle comprend que les murs épais de sa cellule ne pourront la protéger du monde extérieur. Une autre idée du silence raconte l’histoire intemporelle d’une femme rebelle, prête à des sacrifices inimaginables pour se libérer des chaînes de la société. Elle enchante et hante le lecteur jusqu’à la dernière page.







Une femme mystérieuse ....

Quand les Editions Denoël proposent un livre (et en plus, j'ai de la chance parce nous sommes partenaires), ils ont un don de vous appâter considérablement avec des histoires atypiques et une couverture à vous damner. Sérieusement, ce visage de femme en dit long, sur son innocence, sa pureté mais en même temps, on sent qu'elle se pose beaucoup de question. Elle est seule mais elle est tournée vers l'extérieur. Elle est pâle mais les couleurs chaudes de la couverture montre un feu qui brûle en elle... Regardons le synopsis d'un peu plus près, nous sommes en Angleterre, au XIII° siècle et nous allons suivre la vie d'une recluse dans un petit village.

Près de 400 pages... Mouai. Alors, qu'est ce qui va me pousser (en dehors de  mon esprit tortueux vous allez me dire) à suivre la vie d'une religieuse au Moyen Age dans une cellule pendant toutes ces pages? Promis juré, je n'ai pas été soudoyée du tout, la couverture à elle seule, suscitant toutes ces questions, m'a entraînée dans ce récit au calme (oui, les scènes d'action, vous les oubliez). Mais surtout, ce n'est pas réellement un livre de spiritualité (même s'il y en a, attention), ce n'est pas un livre historique, c'est juste un livre de femme. Celui de Sarah. Et je l'aime bien cette nana et pour plusieurs raisons.



Une femme qui sait ce qu'elle ne veut pas.

Sarah ne veut pas d'une vie dictée par les hommes. Elle a son père qui veut la marier à la noblesse, un noble violent qui veut se marier avec elle. Dans un monde parfait du Moyen Age, elle n'aurait rien eu à dire et hop là boum, elle aurait été mariée et aurait eu pleins de petits noblions. Mais, dans le monde de Sarah, ce n'est pas possible. Aussi, pour se soustraire à la loi des hommes, elle décide de vivre une vie de recluse, de se faire emmurer en fait. Au lieu de se marier à un homme, elle se marie à Dieu. Certes, pour nous, cela ne constitue pas un choix. Mais pour l'époque, c'est l'équivalent de la Célibattante, ni plus ni moins.

Sarah pense qu'en étant recluse, elle va passer sa vie un peu tranquille à prier, se confesser, parler à ses servantes, coudre pour l'autel de l'Eglise du coin, coudre pour les pauvres et écouter les bruits extérieurs. C'est une vie d'ascète qui la protège littéralement du désir des hommes. Désir qu'elle refuse (surtout celui de Thomas, le fiancé dont on a parlé plus tôt). Et plus on apprend à connaître ce monsieur, plus on se dit qu'elle a choisi la bonne solution. Mais évidemment que tout ne se passera pas comme elle veut.



En tant que recluse, Sarah va avoir à relever de sacrés défis 

Pour être clair, toute la réputation du village repose sur ses épaules. Certes, elle doit prier pour les récoltes, pour les rhumes, pour tout et n'importe quoi. On l'embête sans arrêt. De la gamine du coin qui se demande pourquoi une femme décide de rester enfermée, de l'épouse qui se fait violenter par son mari et qui cherche conseil, de la servante qui se fait rouler par les hommes, de la guérisseuse qui veut qu'elle n'oublie pas son corps. Alors que Sarah recherche la spiritualité, tout le monde la pousse vers le monde physique, et le fait qu'elle soit recluse ne la protège pas du monde extérieur. Elle n'a plus le loisir de dire non car, tout simplement, les gens savent où elle se trouve. Elle est prisonnière du village, tout simplement.

Et dès qu'il se passe quelque chose, un manquement à la règle monacale, on dit que Sarah est responsable et on jette la honte sur elle. Mais celle ci ne peut rien faire (elle est enfermée entre quatre murs bordel). Et on se rend compte alors que ce petit bout de femme endosse la responsabilité et la culpabilité de chacun. A 17 ans, on lui demande d'avoir un raisonnement de sage et la pression qu'elle a sur elle est incroyable. Qui plus est, son confesseur n'est pas d'une grande aide non plus car il met du temps à trouver comment l'aider.

En bref : que vous dire ? D'un petit bouquin où l'on pense qu'on va avoir de la prière à tout bout de champs et des lamentations (je schématise à mort mais vous voyez parfaitement ce que je veux dire), c'est un livre plein de vie qui se déroule à nous. C'est une vie complète de femme, une vie de femme moderne en quelques sortes car on lui demande la même chose qu'à nous, femmes modernes. On lui demande d'être sur tous les fronts. Et c'est aussi pour tout cela que je vous demande de le lire. Sarah vous touchera. Merci les Editions Denoël pour cette jolie pépite

1 commentaire:

  1. Voilà qui pique ma curiosité! Je note le titre, merci pour cette découverte, et pour cette très jolie chronique...

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