vendredi 19 juin 2015

Kirinyaga, une utopie africaine, intégrale par Mike Resnick (traduit par Olivier Deparis)




Présentation de l'éditeur : Kirinyaga, c'est le nom que portait le mont Kenya lorsque c'était encore la montagne sacrée où siégeait Ngai, le dieu des Kikuyus. C'est aussi, en ce début de XXIIe siècle,une des colonies utopiques qui ce sont créées sur des planétoïdes terraformés dépendant de l'Administration.
Pour Koriba, son fondateur - un intellectuel d'origine kikuyu, qui ne se reconnait plus dans un Kenya profondément occidentalisé -, il s'agit d'y faire revivre les traditions ancestrales de son peuple.
Tâche difficile. Que fer Koriba, devenu Mundumugu, c'est-à-dire sorcier de Kirinyaga, quand une petite fille surdouée voudra apprendre à lire et à écrire alors que la tradition l'interdit ? Ou lorsque la tribu découvrira la médecine occidentale et cessera de croire ern son dieu, et donc en son sorcier ? L'utopie d'une existence selon les valeurs du passé est-elle viable dans un monde en constante évolution ?









Un classique de la SF plein de contradictions......


Non pas que ni l'histoire ni l'écriture, ni quoi que ce soit d'autres laisse à désirer. Loin de là. C'est juste que si vous décidez d'ouvrir ce livre, vous serez automatiquement plongé dans des réflexions à n'en plus finir. Si vous doutiez que la vocation des Editions Denoël est de nous élever spirituellement, vous ne douterez plus parce qu'avec des titres comme ceci, ce sont de véritables perles qui vous tombent sous les yeux. Nous sommes ici dans un recueil de nouvelles. Ces nouvelles traitent tous de la planète Kirinyaga où des Kenyans désabusés se dirigent pour créer une utopie. Là, ils retrouvent leurs véritables origines, prient et vivent selon les principe de Ngai. Et surtout, ils vont consulter régulièrement leur grand sorcier, le Mundumugu Koriba pour qu'il mette en œuvre sa magie.

Alors, déjà la magie de Koriba, les trois quart du temps, c'est son ordinateur qu'il est le seul à pouvoir utiliser et déjà là, j'ai hurlé de rire. Car il fallait y penser, à toucher ce petit côté très sacré de cette vocation de sorcier. Et Koriba ramène la planète aux temps anciens donc dans une société archaïque qui va rejeter toute forme de modernité, afin de réduire au maximum la pollution des Européens. Ensuite, Koriba va solutionner les problèmes en racontant des contes car il pense -et il n'a pas tort - que c'est l'une des meilleures formes d'apprentissage.

Mais du coup, on a cette contradiction qui est qu'on est dans un roman de Science Fiction avec des récits, à chaque nouvelle, qui s'apparentent plus à des contes anciens puisque tout le monde sur Kirinyaga vivent comme au temps des légendes, avec des rituels, des modes de vie et une hiérarchie bien déterminée. En un sens, c'est comme une communion avec la nature sauf que l'homme a toujours tendance à aller vers la facilité et donc la modernité.


Une réflexion intense sur l'utopie.

Koriba dit toujours que pour atteindre l'utopie, il faut rester dans le passé, ce à quoi les jeunes répondent toujours qu'il faut aussi s'adapter à la modernité. Mais l'utopie est elle générale ? Nous connaissons tous l'utopie de Koriba qui est un Kirinyaga avec ses traditions alors que celles d'autres personnes est un Kirinyaga qui ressemble un peu au Kenya, une communion avec la nature mais avec des facilités. On se pose très rapidement la question au fil des nouvelles de savoir si l'utopie est le bonheur ou s'il faut obligatoirement faire des efforts et des concessions pour atteindre une utopie. Et je précise bien une et non l'utopie de tout le monde.

On se rend compte ainsi que la notion d'utopie est extrêmement relative et qu'en vivant avec les autres, on est forcément déçu, à l'image de Koriba, d'ailleurs. Le bonheur en communauté se travaille aussi et est quasiment inaccessible car votre bonheur peut apporter le malheur aux autres. Comme vous le voyez, ce recueil sous ses allures très légères car sous forme de contes, montre beaucoup de pistes de réflexions. Mon conseil ? Lisez une nouvelle tous les soirs, comme une leçon du jour et vous verrez à quel point cela peut vous être bénéfique à l'esprit.

Encore merci aux Editions Denoël qui me pourrissent et me gâtent. J'attends le prochain mois avec impatience. ;)

3 commentaires:

  1. Belle chronique :) j'ai failli le choisir mais j'ai décidé finalement de ne prendre que Younger.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Jiji.
      En même temps, Younger était tentant, je dois l'avouer :p

      Supprimer
  2. C'est une belle chronique qui rend hommage à ce bon recueil :)

    RépondreSupprimer