mercredi 9 avril 2014

Qui a peur de la mort ? de Nnedi Okorafor




Présentation de l'éditeur : Afrique, après l’apocalypse. Le monde a changé de bien des façons, mais il est une région où les génocides intertribaux continuent d’ensanglanter la terre. Une femme survit à l’anéantissement de son village et au viol commis par un général ennemi. Elle erre dans le désert dans l’espoir d’y mourir, mais donne naissance à une petite fille dont la peau et les cheveux ont la couleur du sable. Persuadée que son enfant est différente, extraordinaire, elle la nomme « Onyesonwu », ce qui signifie, dans une langue ancienne : « Qui a peur de la mort ? » À mesure qu’Onye grandit, elle comprend peu à peu qu’elle porte les stigmates physiques et sociaux de sa violente conception. Des pouvoirs magiques aussi insolites que remarquables commencent à se manifester chez elle alors qu’elle est encore enfant. Sa destinée mystique et sa nature rebelle la poussent à quitter son foyer pour se lancer dans un voyage qui la forcera à affronter sa nature, la tradition, l’histoire, l’amour, les mystères spirituels de sa culture, et à apprendre enfin pourquoi elle a reçu le nom qu’elle porte.






Qui a peur de la mort ? est avant tout l'histoire d'Onyesonwu

En Fantasy, on parle souvent d'univers. Mais dans ce livre, c'est surtout et avant tout l'histoire d'Onyesonwu qui est passionnante. Cette petite fille est née dans un contexte particulièrement rude car elle est le fruit d'un viol d'un homme pale, grand sorcier. Il a "choisi" sa mère lors d'une expédition car elle a aussi des dons de sorcellerie. Il voulait un fils Enwu, c'est à dire un métis sorcier, sûrement pour le seconder par la suite. Mais la force de la mère d'Onye est qu'elle choisi de mettre au monde une fille. Malheureusement pour Onye, elle nait avec les caractéristiques physiques d'un métis c'est à dire qu'elle a les cheveux clairs et la peau plus claire. Or, les Enwu sont rejetés par les populations africaines car ils sont réputés être des enfants nés de la violence. Ainsi, toute sa vie, Onye devra se battre pour être acceptée.

Pour cela, elle va se trouver l'amour paternel auprès de son beau père, un forgeron qui habite dans un village. La relation entre ces deux personnes, en dehors du fait que son beau père aime aussi la mère d'Onye, est magique car cet homme va être le premier à l'accepter telle qu'elle est. Ainsi, il va l'amener à l'école, la pousser à s'intégrer auprès des autres enfants et de lui offrir le cadre de vie le plus normal possible mais sans non plus se plier à toutes les coutumes du village. Ainsi, l'auteure va nous parler ici de la coutume de l'excision, coutume encore largement pratiquée en Afrique dans des sociétés largement machistes (il faut le dire). Onye va pratiquer cette opération et Nnedi Okorafor va nous expliquer la pression sociale exercée sur elle pour qu'elle accepte cette pratique à l'insu de ses parents. Car en effet, on aurait compris si ses parents l'avaient forcée à le faire, mais elle a dans sa famille le statut d'une femme libre, similaire au statut d'une Occidentale actuelle. Mais Onye va se plier aussi aux traditions africaines, même si elles peuvent s'avérer mauvaises ou moralement discutables. Ce sujet est magnifiquement traité je trouve car quelque part, on arrive à comprendre pourquoi ces jeunes filles le pratiquent, même si nous n'approuvons pas du tout. On se rend compte aussi de l'ignorance qu'elles ont à ce sujet, et de la douleur qu'elles ont lorsqu'elles se rendent compte de ce qu'elles ont perdu.

Mais revenons à notre héroïne, Onye va ainsi grandir dans un milieu propice à l'amour, et elle va même tomber amoureuse. Là, elle devra aussi montrer sa nature de femme forte car elle reste dans une société machiste. Elle va enfin trouver sa voie en tant que sorcière et découvrir non seulement ses pouvoirs mais aussi les origines de son père.


La Fantasy africaine et sa mythologie.

Nous sommes dans un environnement futuriste mais qui obéit à des codes de fantasy. Comme je vous le disais tout à l'heure, le père d'Onyesonmu est un sorcier. On se demande aussi quel type de sorcellerie va être développé dans ce livre. Je dirai que c'est une magie assez shamanique. Onye, par exemple, peut se transformer en n'importe quel animal, même si elle affectionne plus le vautour. Elle veut obtenir les enseignements d'un sage qui pratique les points mystiques,ce qui donne des visions. Il y a des projections qui correspondent un peu aux projections astrales qui sont assez communes dans toutes nos formes de sorcellerie. Enfin, nous rencontrons dans ce livre un peuple nomade qui agit sur la météo.

Le statut d'Onye est surtout très particulier car elle est métis. Et c'est aussi pour cela que les Enwu sont craints. En effet, ils possèdent toute la magie que je qualifierai africaine, c'est à dire les points mystiques, la transformation en animal. Mais ils possèdent aussi une magie presque occidentale. Cela reste un peu flou car non développée réellement dans ce livre mais il y a de la projection astrale, du déplacement de force, et autres petits détails.

Je trouve qu'on s'acclimate très vite à cette magie du désert, à ce monde particulier. Car la plume de l'auteure nous amène les explications de manière très douce, très fluide. L'univers est aussi très addictif car nous avons un parler un peu africain, elle nous donne quelques petites coutumes et quelques petits tics de son peuples, mais aussi les codes vestimentaires, les habitudes alimentaires. On se sent ainsi très à l'aise dans cet univers. Le fait même d'avoir des noms à consonance étrangère pour nous ne reste pas un handicap. On s'habitue très vite à reconnaître les différents personnages.


Enfin, Qui a peur de la mort est aussi un roman de femmes dans un univers très dur

Viols, massacres, excisions, mariage, incestes, relations sexuelles, éducations sexuelles. Tant de sujets dits sensibles pour nous et qui sont abordés ici de manière quasi naturelle car on sent que l'auteure maîtrise son sujet. On apprend les codes vestimentaires de celles qui portent un voile, celles qui s'habillent autrement, ceux qui veulent soumettre les femmes et ceux qui veulent les respecter. Autant de sujets graves et importants dans un seul livre, en dehors même de l'histoire principale de ce roman qui est la vie d'Onyesonwu.

Tout ceci en fait un livre d'une richesse incroyable, un livre coup de poing, un livre coup de cœur. Un livre  pour nous les femmes mais aussi pour vous les hommes. Un livre table de chevet qui mérite son prix de Fantasy, certes, mais qui mérite surtout d'être mieux connu. Il faut des littératures imaginaires aussi riches dans notre vie car c'est tout juste beau, magnifique, quoique sombre. Ce livre est à l'image de sa couverture: énigmatique et à multiples facettes.



4 commentaires:

  1. Couverture magnifique... Jolie chronique... Cela donne vraiment envie de le lire...

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    1. Merci Céline. J'espère t'avoir tentée assez car c'est une excellente découverte :)

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  2. Je savais que je n'aurais pas dû lire ton avis... Je le savais... Je suis faible...

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