vendredi 4 avril 2014

L'ancêtre de Juan José Saer




Présentation de l'éditeur : Le roman est inspiré d’une histoire réelle. En 1515, un corps expéditionnaire de trois navires quitte l’Espagne en direction du Rio de la Plata, vaste estuaire à la conjonction des fleuves Parana et Uruguay. Mais, à peine débarqués à terre, le capitaine et les quelques hommes qui l’accompagnent sont massacrés par des Indiens. Un seul en réchappe, le mousse : fait prisonnier, accueilli dans la tribu de ses assaillants, il n’est rendu à son monde que dix ans plus tard, à l’occasion d’une autre expédition naviguant dans ces eaux. De ce fait historique Juan José tire une fable universelle qui interroge le sens des destinées humaines et le pouvoir du langage. Arrivé à la fin de sa vie, devenu un vieil homme, le mousse se souvient comment, soixante ans plus tôt, il a été amené pendant toutes ces années à partager l’existence d’une tribu d’hommes anthropophages au point de bouleverser sa vision du monde... La première édition de ce livre a été menée par Flammarion en 1987.





Quand la Nostalgie de Robinson Crusoé vous reprend....

Oui, vous vous souvenez, LE roman jeunesse qu'on vous fait lire à l'école mais sans trop l'étudier d'ailleurs. Pourtant c'est génial ce genre de livre (donc oui, L'ancêtre se classe de suite dans cette catégorie, autant vous le préciser de suite). C'est le mythe de l'Homme Naturel de Rousseau. C'est comment retourner à l'état sauvage pour retrouver l'essentiel. Robinson, Tarzan et bien d'autres. C'est un mythe qui ne se perd pas et qui nous fait tous fantasmer en fin de compte. A quoi peut on renoncer dans la nature ? Comment se comportons nous lorsqu'on est dans un code social différent du notre voire sans code social du tout ? C'est retrouver son vrai soit, sans tricherie aucune. C'est ne plus mentir, ne plus vivre sous une certaine image.

Notre ancêtre a vécu ces choses là lui aussi. Et il en est même revenu. Son escapade chez les Indiens d'Amérique n'a pas duré non plus toute une vie. Je dirai une dizaine d'années. Et il n'étant dans le village qu'en tant qu'invité. Il n'a jamais été totalement accepté non plus. On sent une certaine distance entre eux. Mais il en est revenu riche d'enseignements. Il a aussi utilisé ce voyage pour améliorer son quotidien à son retour et on le comprend bien. Mais il en a gardé tout de même une certaine philosophie, lors de ses vieux jours, qui me plait beaucoup. Dans l'ensemble, toutefois, on sent la nostalgie, que ce soit chez le héros que chez nous, de l'île déserte, des peuples primitifs. Comme si notre état d'homme moderne provoque un certain manque. Comme quoi l'Homme est un éternel insatisfait :)


L'écriture de Juan José Saer vous permet de vous dépayser totalement.

Que l'idée soit bonne et le mythe toujours présent, c'est bien. Mais il faut que l'écriture soit au rendez vous. Personnellement, je trouvais Vendredi et la Vie Sauvage particulièrement indigeste sur la fin. Car Robinson était clairement trop imbu de lui même, et ce jusqu'à la fin. Mais ce n'est qu'un point de vue personnel. L'ancêtre m'a réconciliée avec ce genre d'histoire car notre héros est humble. Même s'il n'est pas parfait, même s'il n'est pas non plus réel car il est tout de même idéalisé un tout petit peu je pense. Peut être est-ce le format court de ce roman et je pense pour beaucoup la plume de l'auteur qui est nettement plus fluide aussi. Mais je préfère cette histoire maintenant à Robinson.

Avouez tout de même que d'être l'otage d'un village de cannibale pendant une dizaine d'années c'est hautement plus exotique que d'être avec un sauvage sur une île déserte. Je ne le cache pas. Mais il y a aussi une fluidité dans l'écriture qui est beaucoup plus présente ici. Cela apporte un certain charme à ce roman. Nous avons envie de le lire entre deux siestes, dans un hamac, à moitié au soleil, à moitié à l'ombre, sous un air de vacances.... Voilà une histoire parfaite pour rêver en vacances. Vous serez hors du temps pendant ces quelques pages.

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