lundi 31 mars 2014

Servir Froid de Joe Abercrombie




Présentation de l'éditeur : C'est le printemps en Styrie. Et avec le printemps, vient la guerre…
Et la guerre peut-être un enfer, mais pour Monza Murcatto, Serpent de Talins, mercenaire célèbre et redoutée que ses victoires ont rendue très populaire, c'est aussi une bonne manière de se faire de l'argent. Toutefois cette notoriété n’est pas du goût de tous ses employeurs, notamment du Grand-Duc Orso qui entend balayer tous les obstacles dans sa lutte pour accéder au trône. Pour prix de ses services, Monza se voit trahie, jetée du haut d'une montagne et laissée pour morte… ou presque. Bien que son corps soit brisé, son esprit réclame vengeance. Quoi qu’il lui en coûte, sept hommes devront mourir !
Elle aura à ses côtés des alliés hors du commun : un ivrogne charismatique, un empoisonneur fourbe, un meurtrier obsédé par les nombres et un barbare désabusé. Leurs ennemis : plus de la moitié du peuple. Avec, à sa tête, les sept hommes qu’elle s’est jurée de tuer.
C'est le printemps en Styrie. Et avec le printemps, vient la vengeance…



Il y a des livres qui impressionnent....

Servir Froid, je l'ai rencontré dans une de mes librairies préférées. Il était magnifique avec sa couverture en Hardback et surtout sa couverture aussi sobre qu'élégante. Rien que le livre objet en impose. Jetant mon œil, tentant une approche aussi discrète que possible (le titre laissant présager qu'il faut apprivoiser la bête), je prends connaissance de l'auteur : Joe Abercrombie. Moment de silence et de respect, ma main arrête sa progression. C'est un auteur qui a déjà fait ses preuves, qui sait manier son récit. Là, j'entre dans un domaine qui va au delà de ma petite quête dans les montagnes. C'est de la High Fantasy. C'est du lourd.

Et bien, vous me croirez ou non, c'est tout de même intimidant ! J'ai repris une petite inspiration, je fais un léger détour pour regarder d'autres livres un peu plus léger et je reviens sur mes pas, piétinant légèrement. Ma main arrive à reprendre ce livre qui pèse son poids (près de 700 pages, la bête !). Je lui fais les yeux doux et je lui demande si je peux regarder sa quatrième de couverture. Gentiment tout de même car Servir Froid est un titre qui vous glace le sang. Le résumé m'informe que je vais suivre les aventures d'une femme qui veut se venger. Il me parle d'un temps de guerre et il me parle d'une compagnie un peu hétéroclite.

Manifestement, ce livre voulait se faire apprivoiser mais j'allais devoir donner ma part de marché pour pouvoir le connaître. Aussi, je l'ai amené chez moi, je lui ai présenté ma bibliothèque. Je lui ai montré mon petit rayon Bragelonne, afin de lui prouver qu'il ne sera pas seul, je lui ai fait la liste d'amis qui iront le voir, pour le lire et je lui ai montré aussi mon lieu de lecture, où j'allais l'ouvrir et le découvrir tous les soirs. Les présentations faites, nous étions partis pour bien nous entendre.


Et donc Servir Froid est l'histoire d'une vengeance.

Pourquoi partir sur des choses compliquées quand une idée simple peut faire un bon récit ? L'auteur part sur un univers qu'il connaît bien : celui de la trilogie La première loi écrite il y a quelques temps déjà et qui l'a propulsé sur les devants de la scène. Il aurait repris quelques personnages secondaires qui apparaissent ici (mais je ne peux vous en dire plus car j'ai encore une fois lu les choses dans le désordre). Dans tous les cas, il est agréable d'être dans un univers type haute fantasy, je dirai. Et nous sommes très à l'aise dedans car l'auteur se sent bien dans ce monde-ci. Pas besoin donc de définitions, de lexiques, de cartes et d'autres choses.

Nous sommes en Styrie qui est un pays en guerre depuis des années. L'un des acteurs principaux de la guerre, le roi de la montagne si vous préférez, c'est le grand duc Orso. Pour faire sa guerre, il envoie des mercenaires dont la plus douée est notre héroïne : Monza Murcatto. Une femme de légende qui dirige une armée de plus de 1000 lances et qui met le pays à feu et à sang pour notre duc, en compagnie de son frère. Mais le Grand Duc a déjà connu des trahisons avec des mercenaires. Monza ayant les affections du peuple et donc devenant dangereuse politiquement pour lui, il décide de l'assassiner.

Mais voilà, cela ne fonctionne pas. Monza survit. Elle se soigne, elle survit et elle part à la recherche de personnes pour effectuer sa vengeance : trouver les 7 commanditaires de son meurtres et les assassiner tour à tour. Cela paraît simple, basique comme cela. Mais c'est un sujet qui nous parle tous. Car même sous nos aspects très civilisés, on peut dire qu'on applique tous plus ou moins le même mantra : "Oeil pour oeil, dent pour dent". L'histoire d'une légende trahie, qui refuse de mourir et qui repart à partir de rien pour se venger. Il n'y a pas à dire, cela va nous emballer de suite. Et nous chercherons avec l'auteur comment elle va faire pour se tuer ces personnes.


Là où Joe Abercrombie va plus loin, c'est dans la psychologie des personnages.

Et oui. Tout d'abord, Monza (et je ne vous parlerai principalement que d'elle, je vous laisserai ainsi découvrir tous seuls les autres personnages de la compagnie). Ce n'est pas une blanche colombe qui a toujours été fidèle et qui a les atours d'une sainte. C'est une ancienne paysanne. Son frère et elle ont failli être tués dans un pillage. Elle a donc appris à se battre pour se venger. Une fois parvenue en haut du sommet de son groupe de mercenaires, elle a trahi son mentor pour prendre la tête de l'armée et se mettre au service du Grand Duc Orso. Et si elle a trahi son mentor, c'est sur les ordres de ce grand duc.

Pas étonnant donc qu'il la considère comme un vil serpent prêt à mordre la main qu'il le nourrit. Et puis, Monza, elle est très proche de son frère. Proche au point que la plupart des rumeurs disent qu'elle couchait avec (les incestes dans la High Fantasy, il faudrait en faire une thèse dessus un jour). Cela ne l'empêche pas d'avoir une vie sexuelle plutôt libre (et c'est tout le bien qu'on lui souhaite). Elle suscite aussi la trahison chez ses compagnons. Et suite à sa guérison, ce n'est pas non plus la femme la plus fiable qui soit, puisqu'elle est complètement accro au Brou (c'est l'herbe à fumer du coin).

Bref, voici une héroïne qui ressemble plus à la méchante du roman qu'à l'héroïne en elle même du roman. C'est une des tendances actuelles de la Fantasy, de faire des héros plus humains en fait, car ils ne sont plus si blancs que cela (comparé à Aragorn par exemple). C'est plus juste et plus réaliste car un héros qu'est ce que c'est ? C'est l'histoire embellie d'un guerrier en général. Et un guerrier ne passe pas son temps à faire la guerre sans trahir, tuer et voler du butin. Monza est une guerrière, il faut donc s'habituer à ce qu'elle corresponde à un certain type de mercenaires.

En conclusion : et bien. Lisez le. Je ne vois pas d'autres choses à vous dire. C'est un beau petit pavé qui vous dépaysera entièrement. Vous aimerez sûrement votre voyage en Styrie, en tous cas autant que moi. Vous aimerez découvrir aussi le destin de Monza, notre héroïne pas si héroïque que cela mais très humaine et avec un tempérament de feu. Un véritable coup de cœur !


7 commentaires:

  1. Ouah!!! ça à l'air super bien! :o Et la couverture... *bave* Rien que pour la lame... :)
    La personnalité de Monza à l'air d'être assez atypique et torturée, ça change.

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    1. Oui en effet. J'adore cette nouvelle tendance des auteurs. Parce que bon. Un Richard (Epée de Vérité), c'est beau c'est tout blanc et cela a toujours raison. Mais au bout de 36 sagas... Voilà quoi.

      Toutes les couvertures françaises de Joe Abercrombie sont dans ce style là au fait :D

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  2. C'est sûr qu'un chaotique neutre est toujours plus intéressant qu'un loyal bon (type Captain America... ><) et beaucoup plus crédible. Pour l'auteur, je le découvre à travers ta chronique. Je n'ai jamais rien lu de lui, même si le nom ne m'est pas inconnu. :)
    Je verrais pour lire ce roman, quand j'aurais fini mon pavé, Alexandre le Grand et les Aigles de Rome, que je n'arrive pas à avancer...
    Pour la couverture, j'ai pensé à celle de l'intégrale des Lames du Cardinal de Pierre Pével.

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    1. Oui aussi. Même si j'avoue que pour le coup, je préfère les couvertures des poches pour les Lames.
      Bon courage pour ton pavé. Tu n'arrive pas à avancer parce que tu t'ennuies ou tout simplement parce que c'est trop dense ?

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  3. Hum... Le langage militaire est très poussé, on est en - 320 av JC et l’affrontement va se produire entre l'Orient (Empire d'Alexandre) et l'Occident (Rome). Les 2 armées sont immenses et non pas le même fonctionnement, armement... plus les intrigues internes et politiques, et beaucoup de personnages... je passe plus de temps à faire des recherches historiques qu'à réellement lire. ^^"
    Toutefois, ça reste vraiment une bonne lecture. :) Après je viens de terminer "Gagner la Guerre" de Jaworski et c'était... Formidable!

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    1. Je compte lire bientôt Même pas morts du même auteur :)

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    2. Je te souhaite une bonne lecture! :)

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