mercredi 12 mars 2014

Agnès Grey d'Anne Brontë



Présentation de l'éditeur : « Miss Grey était une étrange créature ; jamais elle ne flattait et elle était loin de leur faire assez de compliments ; mais, quand elle parlait d'elles ou de quoi que ce fût qui les concernât en termes élogieux, elles pouvaient avoir la certitude que sa bonne opinion était sincère. Elle se montrait dans l'ensemble très prévenante, discrète et pacifique, mais certaines choses la mettaient hors d'elle ; certes, cela ne les gênait guère, mais pourtant mieux valait ne pas la désaccorder puisque, lorsqu'elle était de bonne humeur, elle leur parlait, était fort agréable et pouvait parfois se montrer extrêmement drôle, à sa manière, qui était bien différente de celle de Mère, mais faisait toutefois très bien l'affaire pour changer. Elle avait des opinions arrêtées sur tout, auxquelles elle restait farouchement attachée... Des opinions souvent rebutantes, puisqu'elle pensait toujours en termes de bien et de mal et avait une curieuse révérence pour ce qui touchait à la religion et un penchant incompréhensible pour les honnêtes gens. »








Les difficultés d'une gouvernante en Angleterre.

Agnès Grey n'est pas mon préféré des sœurs  Brontë, autant vous le dire de suite. Je lui préfère Jane Eyre. Mais je ne délaisserai pas Agnès qui représente quelque part une partie de la jeunesse anglaise non fortnuée. En effet, du côté de sa mère, la famille est noble mais Mme Grey ayant fait une mésalliance, sa famille lui a coupé les vivres. Aussi, Agnès vit dans une famille modeste mais avec une très bonne éducation. Ainsi, sa situation est compliquée car elle ne peut se marier avec quelqu'un de la bonne société, n'ayant pas de dot mais non plus avec un ouvrier ou un fermier au risque d'être malheureuse.

La solution, dans un premier temps pour ce genre de jeunes filles, est de trouver un emploi de gouvernante. Ainsi, les famille aisées ont la garantie d'avoir une bonne éducation et ces jeunes femmes font leur entrée dans le monde, même si c'est par la petite porte. Les gouvernantes ont un statut très solitaire car elles ont des manières trop proches des maîtres pour se faire des amis chez les servantes. D'un autre côté, elles sont souvent dénigrées par lesdits maîtres car elle sont employées et n'ont pas de fortune.

Ainsi, ces jeunes filles, comme ont peut le voir au début du roman n'ont pas non plus l'autorité sur ces enfants dont elle a la charge car les parents ne leur laisse aucune marge de manœuvre. On sent dans la première partie qu'Agnès doit avoir des nerfs d'acier car son travail n'est pas reconnu.


Agnès Grey correspond aussi à l'image qu'on se fait d'une gouvernante anglaise.

C'est cela aussi qui donne une caresse au cœur quand on lit Agnès Grey. Cette jeune fille a toutes les qualités pour être une gouvernante anglaise. Tout d'abord, elle a l'uniforme : la fameuse robe de soie noire, les bandeaux aux cheveux, les chaussures. Ensuite, elle en a les habitudes : elle aime la solitude, la lecture, les grandes marches dans la campagne, la couture et le tricot. Si vous êtes comme moi, vous avez là l'image d'Epinal de la gouvernante.

De plus, on a toujours l'impression qu'elle ne sait pas sourire. Elle est d'apparence froide, presque sévère. Toujours  droite, elle inculque son savoir aux jeunes filles (qui elles rient tout le temps) et s'arrange pour que leurs promesses soient toujours respectées. Ce statut un peu observateur nous donne des observations assez drôle sur le comportement de tout le monde. L'humour est toujours là, la critique de la société aussi.


Sous ses idées très arrêtés, Agnès Grey est une personne constamment tournée chez les autres.

On a l'impression tout au long du roman que la jeune fille sait tout et juge tout le monde. Chez elle, cela frise la prétention. C'est aussi un caractère de sa jeunesse : il ne faut pas lui en tenir rigueur, elle est constamment protégée, tenue à l'écart du monde. Sa mère lui a tout de même donné un certain rang !

Toutefois, en grattant un peu ce vernis, on y découvre une jeune femme très sensible tournée vers les autres. Elle prend un poste de gouvernante pour aider financièrement ses parents. Elle s'attache à ses élèves, même si elle les considère parfois comme de vraies pies futiles. Enfin, elle n'hésite pas à faire ses bonnes œuvres. Elle peut passer des heures à lire la Bible ou raccommoder des chemises pour des vieilles personnes.

Ainsi, sous un roman simple, nous avons là une jeune femme plus complexe qu'on ne le croit. C'est une fleur anglaise délicate qu'on ose à peine toucher mais qu'on ne peut s'empêcher d'admirer.

1 commentaire:

  1. Un petit roman sympathique, que j'ai bien aimé dans l'ensemble. Même si ce n'est pas le meilleur d'Anne Brontë !

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