mercredi 26 février 2014

Mort d'un clone de Pierre Bordage



Présentation de l'éditeur : Nous sommes à la fin du siècle dernier, un chroniqueur distancié nous raconte la vie de Martial Bonneteau, un petit employé à la quarantaine aigrie, mal mariée à une femme épaisse et acariâtre qu’il n’a jamais pu satisfaire sexuellement, père de deux fils aussi tristes que lui et d’une fille qui se cherche ; Martial est un médiocre qui enfouit dans la routine et le mépris de soi les frustrations d’une existence de clone parmi les clones.
Et puis un matin, de micro-événements en micro-événements, un regard dans le métro, un retard au bureau, Martial Bonneteau va légèrement diverger de son chemin quotidien bien tracé, et c’est tout son univers normé qui commence à se lézarder…
Soudain livré à un confus désir de vivre, notre anti-héros va connaître bien des mésaventures : d’abord généreusement initié au sexe et au plaisir par une prostituée de la rue St-Denis, il va abattre un par un les murs qui emprisonnait sa vie : retour au foyer, réaction des proches et des collègues, scènes de ménages, hystérie familiale, coaching psychologique… Les scènes d’anthologie se succèdent sur un rythme de comédie ou de théâtre de boulevard, et on rit beaucoup.
On rit surtout du portrait au vitriol, presque cynique, que brosse Bordage de nos aliénations ordinaires.
Jusqu’à la disparition du clone, où, après l’ironie et l’humour noir, on retrouve l’écrivain qui nous parle mieux que tout autre d’humanité.





Pierre Bordage nous offre avec humour une belle crise de la quarantaine

Qu'est-ce qu'une crise de la quarantaine sinon soit un retour en enfance ou soit un changement de vie ? C'est un bilan de première moitié de sa vie, avec ce que l'on a envie de garder et ce que l'on a envie de changer. Pour Martial Bonneteau, le bilan n'est pas génial car il se qualifie comme un clone, c'est à dire quelqu'un de pas de tout original, de complètement formaté. Il a trouvé un travail de bureau où il arrive et repart à l'heure depuis plus de 15 ans. Il s'est marié à une femme laide et bête parce qu'il fallait se marier. Il a enfin eu trois enfants parce qu'il en fallait aussi.

Au début du livre, on suit donc ce quadragénaire impuissant et non respecté par sa famille ou ses collègues. L'auteur lui rend symboliquement et physiquement son érection et voilà notre gentil clone qui commence à réfléchir par lui même et à prendre sa vie en main. Il va aussi en profiter pour prendre en main la vie de sa fille, devenant par la même occasion un père à part entière. Enfin, il tuera son clone symboliquement pour devenir un homme un part entière.


La crise ne touche pas seulement notre héros mais aussi son entourage.

Il aura suffi que Marial Bonneteau change une seule de ses habitudes pour provoquer une réaction violente de ses pairs. Il arrive en retard pour la première fois depuis 15 ans ? Son patron est tout prêt de le menacer car on doit d'abord penser à l'entreprise et non à soi en profitant d'une belle matinée. Il arrive à l'improviste chez lui ? Non content de découvrir qu'il est cocu, il se fait remonter les bretelles parce qu'il n'a pas prévenu ! Enfin, lorsqu'il prétend vivre sa vie, ses proches le traitent de fou et l'envoie en thérapie.

La réaction de ces gens est tout d'abord très drôle car tout paraît excessif. Et puis, on regarde chez soi, on observe sa propre bulle et on voit que la réalité est à peine imagée. Dans notre société actuelle, on a du mal avec les comportements marginaux. On a du mal avec les libre-pensants.

Car la leçon de ce livre est simple : être différent veut dire que l'on peut vivre pleinement sa vie, voire d'être heureux. Mais être différent veut dire subir l’œil critique de la société. Etre soi-même, c'est tout simplement se mettre en danger. Est-ce que cela vaut le coup ? Et bien c'est à vous de le décider.

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