jeudi 4 juillet 2013

La Fille automate de Paolo Bacigalupi



Présentation de l'éditeur : Fin du XXIe siècle, après le grand krach énergétique, la calorie est devenue l'unité la plus recherchée. Anderson Lake travaille en Thaïlande pour AgriGen, une multinationale agroalimentaire. Sa couverture de gérant d'usine lui permet de passer au peigne fin les marchés des rues de Bangkok à la recherche de denrées que l'on croit disparues. Là, il rencontre Emiko. Emiko est la Fille automate, une belle et étrange créature abandonnée. Emiko n’est pas humaine, elle fait partie du Nouveau Peuple, c’est un être artificiel élevé en crèche et programmé pour satisfaire les caprices décadents d’un homme d’affaires de Kyoto. Considérés comme des êtres sans âme par certains, comme des démons par d’autres, les automates sont des esclaves, des soldats et des jouets pour les plus riches dans ce futur proche et effrayant où les sociétés de calories dirigent le monde. L’ère du pétrole est passée, et les effets secondaires des pestes génétiquement modifiées ravagent la terre. Qu’arrive-t-il quand les calories deviennent monnaie ? Quand le bioterrorisme devient un outil de profit pour les entreprises ? Quand les dérives génétiques dudit bioterrorisme forcent l’humanité à basculer dans l’évolution posthumaine ?




Violence, sexe, corruption et épidémies

Vous allez me dire : "C'est gai tout ça ! Et pendant 600 et quelques pages?" Oui, c'est une ambiance lourde, malsaine qui se déroule pendant quelques centaines de pages. C'est une prédiction de notre avenir très lourde que nous sert l'auteur. Et en même temps, il est plutôt réaliste. Il y a de nouvelles épidémies dues aux manipulations génétiques de la nourriture. Et ces virus transmis mutent tout le temps. De plus, ceux qui sont censés faire régner la loi, les chemises blanches, sont corrompus jusqu'à la moelle. Enfin, les tripots sont là pour donner des spectacles de plus en plus barbares.

Sexe, drogue et Rock'n Roll. Ce sont des ingrédients qui ont toujours marché. Tout simplement parce que le genre humain est certes très social mais il est surtout très violent. Et l'image de l'auteur de cette société n'est enfin de compte pas si éloignée de la nôtre, surtout si l'on reprend la corruption de l'appareil étatique, l'exhibition de scènes osées dans la littérature, le cinéma et la publicité, les épidémies de vaches folles et autres, et aussi le SIDA.

Ainsi, Paolo Bacigalupi nous fait évoluer dans tout ce milieu malsain. Et au centre de ceci, la seule personne à être immunisée contre tout : la fille automate. Notre mystère, notre quête dans ce roman.


A la recherche de l'innocence perdue, vous croyez ?

Emiko, sous ses apparences de manipulations génétiques, de machinerie, de femme robots, tout ce que vous voulez, est un personnage complexe. Car il reflète enfin de compte tout ce que l'être humain peut représenter. Emiko est sensée obéir à tout, c'est un personnage soumis. Et nous le voyons de suite. Elle subit des agressions sexuelles sans cesse mais est obligée de jouir. C'est un peu comme toutes ces jeunes personnes qui se repaissent d'informations sexuelles que l'on voit partout. Ce sont comme des agressions mais enfin de compte, personne ne se rebelle contre tout cela, et elles s'en contentent.

Mais Emiko, même si elle est sensée ne pas avoir d'âme, ressent toutes nos émotions humaines. Elle souffre comme nous, a des besoins comme nous et ressent cet abandon du créateur, comme certains d'entre nous avec la religion. Elle va prendre conscience de son état d'esclave et toute la question du livre sera de savoir si elle va se rebeller ou non, à l'image de la population qui endure la pression de la maladie et de la famine sous un état totalitaire et corrompu. Ainsi, la vraie question de ce roman ne sera pas de retrouver l'état originel, l'innocence. C'est de trouver la liberté, la prise de conscience.


Et du coup, la fin ....

Bah vi, du coup, avec cette conception du roman, en style entonnoir, la fin m'a laissée dans un grand vide. Je m'explique, et surtout, je pense que c'est aussi quelque part le but de l'auteur. Vous avez des évènements et des personnages de partout. Et de pages en pages, tout se rejoint pour un évènement final. C'est très bien fait car j'ai nagé, ramé pendant les 200 premières pages en me demandant où Paolo Bacigalupi voulait en venir avec cette fille automate. Pourquoi était elle là? Quel était le but du roman, de l'histoire?

A la fin, lorsque vous savez tout, lorsque la pression a été relâchée d'un coup, vous vous sentez vide. Car l'auteur vous laisse le choix de penser ce que vous voulez de cette fin. Et c'est déroutant. Maintenant, est ce que j'aurai été satisfaite d'une autre fin? J'avoue que là, je n'en ai aucune idée. Le plus important, peut être, c'est de se poser les bonnes questions.


Un grand merci à Babelio et aux éditions J'ai lu pour m'avoir permis de lire ce livre, de sauter le pas. Ce fut une lecture très enrichissante.  

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