lundi 20 mai 2013

La Religieuse de Denis Diderot






Présentation de l'éditeur : Parce qu'elle est une enfant illégitime, Suzanne Simonin est enfermée par ses parents chez les religieuses de Longchamp où on la force à prononcer ses vœux. Pieuse et innocente, elle tombe sous la coupe d'une nonne illuminée déjà perdue de mysticisme avant de devenir la proie d'une mère supérieure qui va faire de sa réclusion un enfer. Harcelée, martyrisée, elle subit les pires sévices. Femme cloîtrée soumise à toutes les perversions de la vie monastique, Suzanne peut-elle échapper à la folie ?









Un livre sous forme de témoignage

La force de ce livre, c'est que nous lisons le récit de Suzanne Simonin sous forme de lettre à un Comte. Ce n'est pas une romance, ce n'est pas une vie gaie. C'est la vie d'une jeune femme élégante, intelligente, qui se demande pourquoi ses parents préfèrent ses sœurs ainées. C'est l'histoire d'une jeune femme qui va littéralement payer les fautes de sa mère. Et on ne peut s'empêcher de se demander tout le long du livre s'il s'agit d'un vrai témoignage ou d'un récit tourné pour critiquer l'institution de l'Eglise. Devant la beauté du texte mais aussi devant ces poignantes descriptions, on se surprend à avoir envie qu'une telle personne aussi noble ait existé. Mais devant la méchanceté dont les gens et les institutions font preuve, on préfèrerait que cela ne soit qu'un argument de l'auteur.

Vérité ou fiction, je vous laisse vous en faire votre propre conviction, votre propre opinion. Mais cela fait une quinzaine d'années que ce livre me bouleverse. Vous avez là un bel exemple de destinée imposée, de l'exemple de la vie des femmes de l'époque. En effet, Suzanne, ici, n'a pas le choix et doit aller au cloître sous la pression de la famille. Et pourtant, elle montre par elle-même qu'elle ne peut y vivre, car elle s'en rend malade littéralement. Mais sa famille l'obligera tout de même à prendre le voile. Et l'Eglise elle-même sera complice alors qu'elle sait très bien que Suzanne n'a pas la vocation.



Une vie tragique pour critiquer les institutions de l'Eglise

La vie de Suzanne est tragique car elle est profondément pieuse. Et elle se remet sans cesse à Dieu pour sauver sa vie et ses choix. Mais au delà de Dieu, il y a l'Eglise. On voit la vie dans différents cloîtres à travers Suzanne. On se rend compte que les prêtres et les soeurs ne sont pas si pieux que cela. Nous avons la description exacte de membres de l'Eglise qui vont emprisonner Suzanne jusqu'à ce qu'elle accepte de prendre le voile, sous la pression seule de la famille. La vie monacale de Suzanne est sous le signe d'un pur mensonge mais les perversions de l'Eglise vont bien au delà.

Tout au long du roman, nous voyons Denis Diderot citer les écrits de l'Eglise pour les mettre en contradiction avec ses actes. Et c'est ce qui fait toute la force de ce livre. Nous voyons Suzanne prise littéralement de Passion en priant Dieu. Et c'est toute la contradiction de cet écrit. Nous avons l'image de Suzanne qui incarne la Foi et l'innocence face aux défauts des institutions car sa prise de position face à l'Eglise va la rendre non seulement illégitime de par sa naissance mais aussi hors la loi au devant de la justice des hommes.


La religieuse de Diderot, un roman toujours aussi actuel.

On pourrait penser que ce roman engagé ait pris de l'âge mais il n'en est rien. Quand on regarde les institutions de l'Eglise, on se rend compte que rien n'a vraiment changé ces dernières années. Elles continuent à nous dicter des lois interprétées des écrits de la Bible, mais données par des dirigeants. Diderot nous conseille de suivre notre coeur de chrétien, de vivre la Foi selon des principes de vie, mais non en fonction des lois des institutions qui nous enferme et nous peuvent nous empêcher de vivre pleinement nos croyances.

Quand nous regardons les actualités, avec le débat du mariage des prêtes, du mariage des homosexuels, du port du préservatif, des écrits cachés du Vatican, rappelez vous que ces modes de fonctionnement sont décriés dans la Religieuse de Diderot. Ce livre n'apporte aucune réponse mais sert à mettre en lumière ce que nous cachons chaque jour. La Foi, que vous l'ayez ou non, et sous quelque confession qu'elle soit, n'est pas affaire d'hommes mais affaire de divinités, de cœurs. Et ceux qui nous dirigent dans la Foi devraient se soucier de leur spiritualité plutôt que de pouvoir.

Et par cette écriture simple et touchante à la fois que ce roman me pince le cœur à chaque fois que je le lis.

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