mercredi 5 décembre 2012

Le Magasin des suicides de Jean Teulé







Présentation de l'éditeur : Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! Imaginez un magasin où l'on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l'humeur sombre jusqu'au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre...












Un humour noir décalé et un phrasé Teuléin.


J'ai découvert Jean Teulé sur le quai d'une gare. J'étais pressée, j'avais oublié mon livre pour le train. Et donc j'ai vite couru au Presse du coin prendre un livre. Et j'étais tombée sur Charly 9... Que j'ai dévoré le temps du trajet. Et je me suis dit que la plume de Jean Teulé était particulière, un mélange d'humour noir français me rappelant l'humour anglais. C'était un savoureux mélange que j'aime avoir dans un livre. Aussi me suis je lancé récemment avec Le magasin des suicides, puisque la période de Noël entraîne chez moi une augmentation critique d'humour caustique.


Alors, qu'avons nous là ? Nous avons une famille qui tient une boutique pour aider les gens à se suicider. Ils ont un parler disons franc et net, voire ironique face aux situations que leur apporte leurs clients. Ne se démontant pas, ils organisent des rayons frais, des cocktails empoisonnant du jour, des bonbons empoisonnés pour les ados. La famille Tuevache va aussi discuter technique, inventer de nouveaux procédés et surtout parler avec ses fournisseurs. C'est un peu le même principe que la famille Addams. Ils sont glauques, ils sont bourrés de défauts, on n'aimerait pas les avoir comme voisins mais on ne peut s'empêcher de les adorer




Derrière l'humour, une critique de la société en devenir.


Car il y'a tellement de choses dans ce roman dont j'aimerai vous parler. Je vous disais que nous avions une famille Addams. En effet, Mishima et sa femme ont trois enfants. Tous trois ont des noms de grands suicidés. Et pour chaque naissance, ils inventent un nouveau produit original pour se suicider. C'est l'exemple même de la famille unie. L'aîné, Vincent, est façonné pour reprendre la boutique familiale. Il a un grand potentiel créatif mais la pression familiale le rend fou : il souffre de migraines, est anorexique et tente de s'emprisonner dans un moule. La fille, Marilyn, est au milieu. Et par là elle ne trouve pas sa place. C'est une adolescente qui devient femme petit à petit et on voit les efforts de la famille pour l'intégrer dans un voie (qui est de reprendre la boutique, c'est normal, c'est une affaire familiale). On s'aperçoit aussi qu'ils ne la voient pas grandir car ils ne pensent pas une seule seconde à un jeune prétendant (j'ai trouvé cela trop mignon). Bref, elle est totalement cocoonnée et ses parents attendent juste le petit déclic qui lui permettra de grandir, tout en restant fiers d'elle. Enfin, il y a Allan. Le petit dernier. C'est la magie des cadets, il peut faire ce qu'il veut. Et on le voit radicalement car il est à l'opposé de la famille : joyeux, créatif à l'extrême... Il aime profondément sa famille même s'il reste un bon petit diable. Et c'est avec lui que l'on va découvrir le vrai visage des Tuevache.




Ensuite, Jean Teulé nous dépeint une certaine vision de la société future. Il y'a une espèce de tour HLM des religions oubliés. Et dans l'ancien temple se trouve le magasin des suicides. Cela n'a l'air de rien comme cela. Mais c'est juste énorme ! Je vous explique : lorsque la société ne vaut plus rien (ici : que de mauvaises nouvelles, une pollution catastrophique, pas beaucoup de métier, des clochards en fond et le moral ambiant à zéro). Les gens se tournent vers les religions oubliés (donc les tours) et qu'est ce qu'ils trouvent au milieu ? Dans le temple ? Le Magasin aux suicides. Cela veut dire (selon moi) que la société n'apporte pas aux gens ce dont ils ont besoin. Et les religions ont capitulés. Aussi, à la place, on trouve un commerce qui montrent aux gens comment se suicider. Car s'il n'y a plus de cadre : quel est le but de la vie? C'est aussi ce que nous découvriront grâce à Allan dont la mission (personnelle) et de faire trouver un but à chacun.


Et oui, il suffira d'un gamin, un seul gamin pour changer tout le quartier. Et c'est aussi la belle note d'espoir que donne Jean Teulé. Avec Allan, on ne va pas voir la vie en noir mais la vie en vraie, avec de belles pointes d'optimisme. Et avec le pardon, la tolérance, la gaieté, les sourires, les petites attentions envers chacun, on aboutit à des projets, à une nouvelle vie, à des espérances.

Enfin, on parlera aussi des petits commerces et comment ils peuvent s'en sortir, en s'adaptant, en se malléant, en touchant la clientèle. On verra du coup le choc des générations entre les apports qu'a pu faire Mishima en son époque et ceux que feront ses trois enfants, chacun y allant de leur touche personnelle. Ces différentes touches feront de ce magasin l'image même des personnes qui le tiennent et c'est de cela que les clients seront friands. On y voit aussi une réflexion, au delà du magasin, sur le foyer, tout simplement. Qu'est ce qui fait qu'une famille se sente bien ensemble, dans son quotidien



En bref : Chapeau Jean Teulé. Je ne pensais pas autant réfléchir sur une lecture légère et drôle et j'espère que vous continuerez à en écrire des comme cela. On aurait bien besoin d'un Allan.

2 commentaires:

  1. Les parents ont aussi des noms de suicidés, comme celui de la rue où ils habitent (Bérégovoy) et l'anniversaire de Marylin tombe le 1er novembre :)
    C'est vrai que c'est une critique assez mordante de notre société. Mais qu'as-tu pensé de l'histoire en elle-même ?

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  2. J'aime beaucoup.

    Sans les jeux de mots et les associations d'époque, cela m'a beaucoup rappelé les Fleurs bleues de Quesneau. J'ai autant apprécié la lecture en tous cas

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