lundi 15 octobre 2012

Je vous écris du Vél d’Hiv : les lettres retrouvées de Collectif






Présentation de l’éditeur : Les 16 et 17 juillet 1942, 4 500 policiers sont mobilisés pour réaliser la plus grande rafle à l’encontre des Juifs jamais organisée dans Paris et sa banlieue. 12 884 personnes sont arrêtées : 3 031 hommes, 5802 femmes et 4051 enfants. Les individus ou familles sans enfants seront dirigés sur le camp de Drancy, les autres, avec enfants, vers le Vélodrome d’Hiver. Dans ce lieu, jusque-là temple du sport, des milliers de personnes vont tenter de survivre pendant plusieurs jours. Les 6 000 Juifs envoyés à Drancy seront déportés rapidement, ceux du Vel' d’Hiv sont transférés dans les camps du Loiret, de Pithiviers et Beaune-la-Rolande. Le 22 juillet, soit six jours après le début de la rafle, le Vel' d’Hiv a été entièrement évacué. On parle beaucoup et souvent de la rafle du Vel' d’Hiv. Mais à y regarder de plus près, on ne sait pas grand-chose. Seuls une photo, quelques documents et des lettres disent la violence de l’arrestation, les conditions dramatiques de l’enfermement, la faim, les maladies, le bruit, les odeurs? À travers eux on a découvert l’enfer du Vél' d’Hiv. Ces lettres, ce sont quelques mots jetés à la hâte sur un bout de papier, remis à des mains complaisantes. Pour plus de 8 000 personnes internées au Vél' d’Hiv, moins de vingt lettres ont été retrouvées. Pour la plupart inédites, elles étaient conservées aux archives du Mémorial de la Shoah. Pour la première fois, les voici rassemblées et publiées dans cet ouvrage. Toutes sont clandestines puisque qu’aucune correspondance n’était autorisée. Ces lettres sont terrifiantes de vérité, de détails. Mais elles constituent aussi malheureusement seulement le point de départ de l’horreur puisque, à une exception près, toutes les personnes dont nous reproduisons les lettres dans ce volume vont être assassinées dans les camps de la mort. En dehors de ces quelques mots tracés de leur main, il ne reste pas grand-chose d’eux.



Un livre pour garder une notion de réel à cet évènement.

Que ce soit dans la préface de Tatiana de Rosnay, dans les lettres, dans les photos et dans les témoignages, on perçoit cette volonté implacable de montrer que cet évènement a existé, que c’était réel. Car enfin de compte, le Vél d’Hiv’ commence à s’effacer pour nous. Il n’y a pas de grands témoignages, de grandes manifestations. Et je pense que l’on a quelque part envie d’oublier de ce que l’on a fait là-bas.  Mais il ne faut pas. Il faut porter cette blessure en nous. Pour tirer des leçons du passé mais aussi s’amender tant que l’on peut.

Aussi me voilà plongée dans les lettres qui paraissent tellement banales mais en même tellement emplies de préoccupations quotidiennes : trouver de la nourriture, prendre des nouvelles, régler les affaires courantes, s’occuper des enfants et de la famille. Il n’y a aucune déclaration politique, aucune révolte. Ces gens du Vél d’Hiv’ étaient pris entre l’espoir de s’en sortir vivant et la résignation totale devant tant de cruauté. Leur seule préoccupation était pour les petits, mais aussi pour les voisins envers qui ils auraient pu avoir un mot méchant. La disposition des lettres est telle dans ce livre que l’on ne perçoit pas de suite que c’est grave. C’est juste une arrestation. Mais au fil des pages, quand on voit qui ne revient pas, ce qui se passe dans le vélodrome, les photos conservées, on se rend compte de toute l’horreur de l’évènement, le point culminant étant le témoignage du pompier et  de l’infirmière. A chaque fois que l’on tente inconsciemment de s’échapper de cette horreur, le livre nous donne une référence réelle qui nous remet directement les pieds sur Terre.




Un livre de héros quotidiens

Il n’y a que dans l’horreur que la race humaine montre sa noblesse. Je le dis assez souvent, il est vrai. Et ce recueil de lettres et de récit le montre. Tant par l’aide accordée dès qu’ils le peuvent par le personnel qui doit s’occuper des réfugiés. Tant par le fait que ces hommes et ces femmes, très tôt, pensent de suite aux plus faibles et non à eux-mêmes. Ils sont nos héros fantômes qui donnent ce sentiment qu’ils sont maintenant en paix. Et surtout qu’ils ont fait ce qu’ils pouvaient.

Ce recueil est juste magnifique de par son contenu. Il y aurait tellement de choses à dire que les mots ne me viennent malheureusement pas. Mais si j’ai un conseil à vous dire, prenez-vous une soirée pour le lire. Vous ne rêverez pas, vous ne serez pas euphorique, vous aurez fait un devoir de mémoire car à travers vos yeux, ils seront de nouveau en vie, et je dirai même en paix.

Ah oui. Encore un grand merci à Tatiana de Rosnay d'avoir fait cette préface qui est juste parfaite. Car elle vous met juste en condition pour lire ces témoignages. Et il n'est pas donné à tout le monde d'avoir cette plume si simple, si juste et venant du coeur.

2 commentaires:

  1. "Il n’y a que dans l’horreur que la race humaine montre sa noblesse." Je ne partage pas ton point de vue, car pour moi, cela s'approche du : il faut couler au fond de la piscine pour pouvoir remonter. Ou on n'apprécie la vie que lorsqu'on a vécu des trucs pas drôles. Mais c'est une affaire de sensibilité :)
    Par contre, ce livre me tente drôlement. Je suis très attachée aux livres concernant la période de la seconde guerre mondiale.

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    1. La biblio de Koko16 octobre 2012 à 16:47

      Je te le recommande. Il est plus accès sur la vie et les préoccupations quotidiennes mais cela n'enlève rien à sa valeur bien au contrairr

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