mercredi 2 mai 2012

La métamorphose de Kafka







Résumé de l’éditeur : Un matin comme les autres, Grégor Samsa s'éveille et s'apprête à quitter son lit, mais il est arrêté dans son geste par une sensation nouvelle : et pour cause, puisqu'il s'est transformé pendant la nuit en un insecte repoussant, en une sorte de cafard monstrueux. Il devra subir l'exclusion et endurer le dégoût qu'éprouvent ses proches à son contact, et il finira par mourir de désespoir, autant que de leurs mauvais traitements.














Grégor Samsa, ou comment passer d’élément familial indispensable à un élément qu’on rejette.


Le principe est simple, sous fond de surnaturel. Grégor Samsa se réveille différent de la veille. D’une autre nature. Il tente toutefois de vivre de la même manière, aidé par sa famille. On se rend compte que Grégor ne vit que par des obligations sociales : il doit nourrir sa famille, il doit assurer l’avenir de sa sœur, il doit régler les dettes… Pour cela, il travaille de manière acharnée. Et l’on se rend compte qu’en dehors de son travail, il n’a aucune vie, aucun désir, sauf celui peut être de voir sa sœur finir dans un conservatoire. Or ce seul souhait (même s’il n’est pas pour lui) ne sera jamais réalisé.

Pour le soigner de tous ses maux, on dit à sa sœur de nettoyer la chambre et de le nourrir. Petit à petit, il est totalement exclu de la vie familiale. Et ce qui est terrible, c’est qu’il se rend compte que la famille se débrouille très bien sans lui. Débarrassé de toutes ses obligations, il a donc un choix. Mais il reste. Et du fait de ce choix, la famille se met à le Haïr, à le maltraiter et à le tuer à la fin.


L’homme un animal social.


Et oui, on voit ici très bien le problème. Grégor ne peut être heureux dans sa famille. Car il a tout une somme d’obligations envers elle. C’est à ce point qu’on ne connait même pas ses aspirations, ses goûts ou ses envies. On sait juste qu’il apprécie la menuiserie. Certes, ce n’est pas folichon. Mais bon.

Sa pièce à vivre est toujours enfermée à clé. C’est le seul endroit où il est lui-même. Mais du fait qu’il ne correspond plus à l’idéal du fils, il est tour à tour ignoré puis tout bonnement jeté dehors. En effet, on déplace ses affaires, il met des draps pour qu’on ne le voit pas, on ne fait plus le ménage. Le deal est simple : si tu ne fais rien pour nous, nous ne ferons rien pour toi. Ses désirs bien présents, avec le temps pour les accomplir, s’effacent totalement. Et l’on voit son déclin au fur et à mesure de la nouvelle.

Parallèlement, la petite sœur adorée se rebelle. Elle ne veut plus s’occuper de son frère. Jusqu’à ce qu’elle dise clairement à ses parents de le tuer. Et ce n’est qu’à la mort de son frère qu’elle devient femme. Elle se libère entièrement du carcan de ses obligations. Elle devient une femme. Débarrassée de l’homme, elle prend son indépendance. Idem pour les parents qui du coup se trouvent une nouvelle vie, un nouveau travail, de nouvelles occupations. Sans intérêt, sans amour, rejeté, Il mourra, dans la solitude, malade. Et on se « débarrassera » de son corps. Ni plus ni moins.



Kafka : l’homme est un loup pour l’homme.

Bien sûr, cette nouvelle est très amère car l’on voit le sacrifice d’un membre qui faisait sommes toutes ce qu’il pouvait pour sa famille, pour le bien familial parce qu’il représentait un fardeau tout court.  (sujet d’actualité n’est-il pas ?) La métamorphose n’est pas seulement un conte fantastique car on oublie très vite la nature du cafard géant que devient le héros. Ce sont les réactions humaines qui nous intéressent ici.
Paradoxalement, on y voit aussi un espoir. Et c’est (pour moi attention) le seul bémol, la seule pointe lumineuse de ce récit. Grégor meurt et laisse ainsi à sa sœur la possibilité de vivre pleinement sa vie. Et c’est touchant car je pense que c’est aussi pour cela que Grégor se laisse mourir sans se battre. Car il voit que sa sœur est totalement écœurée par lui, qu’il est son fardeau à elle.

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