vendredi 25 mai 2012

Carrie de Stephen King







Présentation de l’éditeur : "Dépêche A.P. 27 mai 1979. 23h46. Un sinistre d'une ampleur tragique frappe la ville de Chamberlain, Maine. Des centaines de morts..." Une mère puritaine, obsédée par le diable et le péché ; des camarades de classe dont elle est le souffre-douleur : Carrie est profondément malheureuse, laide, toujours perdante. Mais à seize ans resurgit en elle le souvenir d'un « don » étrange qui avait marqué fugitivement son enfance : de par sa seule volonté elle pouvait faire se déplacer des objets à distance. Et ce pouvoir réapparaît aujourd'hui, plus impérieux, plus impatient... Une surprise bouleverse soudain la vie de Carrie : lorsqu'elle est invitée au bal de l'école par Tommy Ross, le boy-friend d'une de ses ennemies, n'est-ce pas un piège plus cruel encore que les autres ?





Carrie, ou le roman de l’émergence de la féminité


Avant d’être un livre d’horreur, Carrie est avant tout un roman où une toute jeune fille découvre qu’elle devient femme, par l’arrivée de ses règles. On perd très souvent ce point de vue de ce roman et c’est vraiment dommage. Qu’est ce qu’on a ? On a Carrie, qui a seize ans n’est pas encore une femme car sa mère, brisée par la rupture avec son mari, refuse tout attrait pour le genre masculin. Ainsi, elle devient complètement fanatique (religieusement) et refuse toute féminisation de sa fille. Elle lui récite les versets de la Bible, dont beaucoup viennent de la Genèse et du premier péché.

Carrie grandit dans l’idée qu’être une femme, c’est mal. Et elle se rend compte qu’elle ne devient une lorsqu’elle est au lycée. Les autres filles (adolescence quand tu nous tiens) ne comprennent pas sa détresse, surtout qu’elles ont accepté leur féminité depuis belle lurette et se moquent d’elle. En sort un épisode très traumatisant pour Carrie. Heureusement, la prof de sport vient l’aider et se substitue au rôle de mère en expliquant à Carrie qu’être une femme est naturel, qu’elle ne risque rien, et surtout elle l’aide à se tourner vers les autres. Carrie prendra alors du pouvoir, et se rebellera contre sa mère dans un épisode assez horrible je dois dire.




Carrie ou la cruauté des adolescents en groupe.

Carrie est un électron libre, totalement original et ne pouvant donc en aucun cas s’intégrer aux autres. Elle en a fait son malheur et s’est habituée à être seule. Pourtant, grâce à sa prof de sport, elle va se tourner vers les autres et goûter à l’impression d’être acceptée pour ce qu’elle est et qu’elle est intégrée. Mais cette illusion n’est que temporaire. Et  le retour du bâton sera terrible. Avec ce sentiment d’abandon et de rejet collectif, de tromperie, Carrie ne va plus pouvoir contenir sa fureur et va déployer des pouvoirs destructeurs.

Par cette métaphore, Stephen King nous montre aussi la pression que subissent les adolescents de son époque (et même encore de maintenant, il est très facile de s’identifier à Carrie) avec leur volonté maladive de se faire accepter, leur rejet de la différence, leur maltraitance morale et surtout cet énorme paradoxe de ressembler à la foule alors qu’on est censé se construire une personnalité.

Pour conclure sur Carrie, car il y a encore beaucoup de choses à dire dessus. C’est que c’est un grand, un énorme livre d’horreur. Et ceux qui l’ont lu me comprendront, des scènes vous donneront la chair de poule. Mais c’est aussi un grand livre psychologique, que ce soit par le code des couleurs utilisé dans les descriptions, les actions, les dialogues. Une grande démonstration du talent de Stephen King, un roman qui restera dans les classiques du genre

1 commentaire:

  1. J'adore ton commentaire, tout ce que tu dis est tellement vrai. J'ai lu Carrie il y a presque un an, et j'en garde un souvenir toujours aussi puissant. Carrie est un immense livre, oscillant entre la psychologie, le drame et l'horreur, tout cela sous un aspect fantastique. La scène du bal, où Carrie utilise son pouvoir, m'a fait frissonner et m'a subjugué !

    Stephen King a ce don de très bien développer ses personnages (d'où quelques longueurs), mais surtout de faire monter la pression. Sous des airs peu communs, la construction du roman est très intelligente, rendant le tout encore plus immersif et ajoutant une tension supplémentaire dans l'atmosphère. Pour moi Carrie est un chef-d'œuvre, que je ne pourrais pas oublier.

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